Conception de jardins naturels
- Nancie Renaut
- 13 mai
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 heures
Quand je me suis installée en 2005, je proposais à mes clients de réfléchir à l’intégration de zones « naturelles » dans leur jardin. « Naturelle » dans le sens : sans intervention de manière trop intensive, en laissant la végétation spontanée s’exprimer, en favorisant l'accueil de la biodiversité, dans une zone identifiée. Il y a 20 ans, parler de "gestion différenciée" aux particuliers, de fauche tardive, de prairies fleuries, ou tout simplement de respect de la biodiversité, ça ne parlait pas forcément encore à beaucoup. La gestion différenciée était surtout expérimentée dans certaines villes avant-gardistes à cette époque et très peu connue du grand public.
Oui mais voilà ...
On parle aujourd'hui d'effondrement de la biodiversité, les chiffres sont alarmants et il en sort de partout.
En moins de 10 ans
les populations d'abeilles sauvages ont diminué jusqu'à 70%
pourtant, 80% des espèces cultivées en Europe dépendent de pollinisateurs . Les données récoltées entre 2011 et 2024 par les agriculteurs montrent que le déclin des abeilles sauvages est lié à l'intensité de l'utilisation d'engrais et de pesticides de synthèse dans les parcelles". (Muséum National d'Histoire Naturelle)
15 à 37 %
de la biodiversité disparaitraient d'ici 2050
aujourd'hui un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un tiers des amphibiens et 70% des plantes sont en danger. (Planetoscope)
30 %
des oiseaux des champs
ont déjà disparu en France en 15 ans (PatriNat, Unité mixte).
40 %
des pollinisateurs invertébrés
en voie de disparition en France (dont une majorité d'abeilles et de mouches).
14 %
des impacts sur la biodiversité
sont issus du changement climatique global (MTES).


Comment en est-on arrivés là ?
Il est vrai qu’au sortir de la dernière guerre, la pression économique était forte pour nourrir la France. Et il y a eu le remembrement... En campagne les parcelles devaient être agrandies et «propres» pour un maximum de rendement, les haies ont été détruites les produits phytosanitaires sont apparus . On connaît l'histoire (sinon lire "Champs de Bataille" d'Inès Léraud). Les villes se sont construites (ou reconstruites) sur l’idée de propreté, d’ordre, d’hygiène. Dans les années 60, les évolutions techniques : tuyau d’arrosage, désherbant, tondeuse, ont renforcé d’idée du propre et du contrôle pour éradiquer les éléments non désirés et favoriser les plantes horticoles judicieusement sélectionnées. On en revient...
L’esprit du jardin au naturel gagne pourtant du terrain, les politiques publiques s’étant emparées du sujet, avec plus ou moins de succès … (Grenelle de l’environnement, plans Ecophyto (inutiles), semaines pour les alternatives, mois de la biodiversité mais surtout, la Loi Labbé (enfin!)). Les actions sur le terrain et la sensibilisation des acteurs locaux permettent une meilleure communication et valorisent les structures et associations qui œuvrent à une meilleure connaissance et à la protection de l'environnement.
Petit à petit, cette approche fait donc son chemin auprès du grand public. Aujourd’hui, les exemples de jardin en gestion naturelle se multiplient et l’on y découvre un foisonnement d’insectes et de plantes oubliées qui nous font dire que notre action, que ce soit avec les produits phytosanitaires, ou les tondeuses ont, et ont eu, un effet délétère sur la biodiversité, mais que celle-ci peut se réinstaller rapidement pour peu qu’on lui laisse la place de s’exprimer !
Agir là où nous sommes
Chez moi, je ne passe la tondeuse thermique que 2 et 3 fois par an. Mon terrain sec me le permet c’est vrai. Une partie est ouverte, sans gazon mais avec un mélange de pâquerettes, ou de plantain cornes de cerf qui stabilise le sol, légèrement en pente… Cette zone est utilisée pour le fonctionnement quotidien, table de repas, jeux des enfants … Le reste du jardin est plus sauvages (verger et petits fruits …) avec de simples cheminements pour la fonctionnalité. Je croise régulièrement l'orvet et ou lézard vert. Dans ces zones, je jardine le plus souvent à la cisaille, au sécateur… et à l’appareil photo Débusquer la thomise, poursuivre le vulcain, se plonger au cœur d’un soucis … C’est beaucoup plus ressourçant et apaisant ! Pourquoi me fatiguer à entretenir un espace que je n’exploite pas totalement ? Pour les espaces plantés, du paillage et un travail du sol régulier à la grélinette suffisent. Quelques chardons et genêts poussent entre mes fruitiers, et j'ai toujours une abondance de fruits. Je surveille néanmoins la venue des ronces et les conditionne dans des espaces que j'ai choisi.
Mon père, grand adepte de la tondeuse et autres machines s’est même laissé convaincre et réalise qu’il voit beaucoup plus de petits passereaux maintenant qu’il a une petite zone de prairie libre. 100m2 d’un espace qui était jusqu’à maintenant tondu raz, et sans usage. Une nouvelle végétation s’est installée : fenouils, grande bardane, armoise, bette maritime, ortie… Un beau garde-manger profitable à tous ! De cette manière, dans les zones où nous n’avons pas un usage quotidien, une diversité (flore et faune) se réinstalle rapidement. Une fauche annuelle avec exportation permet de retrouver une végétation qui peut se diversifier au fil des années, selon les besoins du sol, les levées de dormance. C’est une expérience permanente, d’observation, de lâcher prise et de découvertes, sur soi et sur notre environnement (et des économies !). Beaucoup d’aspects positifs et beaucoup moins de travail en somme !



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